Australie : perquisition d’un journal dans l’affaire des « Afghan files »

Ce mercredi, la police a fait une « descente » dans un lieu de presse. Motif de la perquisition ? Connaître l’origine des « Afghan files ». « Il s’agit là d’un procédé d’intimidation », disent les journalistes.

Qu’est-ce donc que ces « Afghan files » ? C’est la question à laquelle ici en occident, peu de gens peuvent répondre, hormis les personnes bien informées. Pourtant en Australie, le sujet est sur la table médiatique.

Reportage sur la perquisition de police du média ABC pour les révélations des Afghan files comprettant les forces armées australiennes dans la guerre en Afghanistan – Source : Sky News Australia

Concrètement, il s’agit de fichiers compromettants qui ont permis au média ABC (Australian Broadcasting Corporation) d’affirmer dans un reportage que des crimes de guerre ont été commis par des unités spéciales australiennes dans le cadre de la guerre en Afghanistan.

La police pénètre un lieu de presse

Ce n’est pas la première fois qu’on voit cela. Le phénomène devient de plus en plus courant dans les pays dits occidentaux. On connait bien évidemment la défiance et la méfiance de Trump à l’égard des journalistes et ce qu’il s’est passé en France avec la tentative de perquisition chez Mediapart (échouée), au motif d’atteinte à la vie privée de Benalla et qui s’est avérée illégale ; ou plus récemment la convocation à la DGSI d’Ariane Chemin du journal Le Monde (dans le cadre de l’affaire Benalla) ou des journalistes de Disclose convoqués pour avoir révélé la responsabilité de la France dans l’envoi d’armes à l’Arabie Saoudite servant dans la guerre contre le Yemen).

La police australienne a perquisitionné mercredi les bureaux du média public d’information, Australian Broadcasting Corporation (ABC) à Sydney, au sujet d’informations publiées en 2017 sur des allégations de crimes de guerre commis par des unités spéciales australiennes en Afghanistan.

Les réactions ne se sont pas faites attendre

Le directeur exécutif d’ABC, David Anderson a déclaré que l’affaire était « grave » et soulevait « des inquiétudes légitimes sur la liberté de la presse et un droit de regard public correct des affaires relatives à la sécurité nationale et à la défense« . La police fédérale australienne a fait savoir dans une déclaration que les mandats avaient été délivrés sur base « d’allégations de publication de matériel classifiés » mais ne visaient pas l’arrestation de journalistes. La police a par ailleurs aussi démenti tout lien avec une opération similaire menée la veille.

Mardi, la police a perquisitionné la demeure d’une journaliste travaillant pour News Corp Australia, Annika Smethurst, qui avait rédigé en 2018 un article sur les projets gouvernementaux d’accorder plus de pouvoir aux agences de renseignements. Le syndicat des journalistes australiens, « Media, Entertainment and Arts Alliance » a dénoncé un raid qui faisait « outrage à la liberté de la presse qui vise à punir les journalistes pour informer sur des sujets d’actualité légitimes et clairement dans l’intérêt du public« .

Mardi encore, un présentateur radio a indiqué avoir été contacté par des fonctionnaires des affaires intérieures après avoir relaté qu’un bateau de demandeurs d’asile était en route vers l’Australie. Dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 de l’ONG Reporters sans frontières, l’Australie a reculé de deux rangs par rapport à 2018 quand le pays était 19e.

L’ONG évoque un paysage médiatique concentré qui, sous le gouvernement conservateur de Scott Morrison, laisse « d’autant moins de place à un journalisme d’investigation exigeant que les enquêteurs indépendants et les lanceurs d’alerte doivent composer avec des législations drastiques: en 2018 a été adoptée l’une des lois sur la diffamation les plus dures des démocraties libérales, à cela s’ajoutent des textes sur le terrorisme et la sécurité nationale qui rendent presque impossible la couverture de ces questions« .

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